Interview/ Prof. TIEMOKO Doumbia: ‘’L’absence de discussion, de réconciliation et de pardon est la cause des remous sociaux’’. ‘’ L’alternance 2020 est une ‘’parodie de comédie’’

0

Prof. Tiémoko DOUMBIA, Enseignant-Chercheur, Spécialiste en Socio-économie du développement et en stratégies de réduction de la pauvreté, Chef de Département de Socio-Anthropologie de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, Entrepreneur, Fondateur d’Universités Privées et Candidat indépendant aux élections législatives de Décembre 2016 à Cocody rompt le silence dans cette interview exclusive.

Il dissèque l’actualité sociopolitique, déplore le manque de réconciliation véritable à la base, selon lui, de tous les maux dont souffre la Côte d’Ivoire et appelle au dialogue franc et inclusif.

On ne vous a plus entendu depuis les élections législatives auxquelles vous vous êtes présenté en tant que candidat indépendant à Cocody. Vous avez obtenu, malgré le fait que c’était votre première participation à une échéance électorale, un rang honorable, en vous classant 3ème derrière le RHDP.

Alors pourquoi ce silence et quelles leçons tirez-vous de cette élection ?

Je pense qu’on ne peut pas parler de silence parce qu’au moment où vous nous interviewiez pour la première fois, on était en pleine campagne électorale. Pendant la campagne électorale, on élabore des stratégies pour se faire voir et se faire entendre. Cette période de campagne électorale était une période d’activités politiques, mais après il faut faire tourner les autres activités. Donc cela se comprend bien.

Pour ce qui est des leçons à tirer des élections législatives, je voudrais vous remercier pour avoir estimé que j’ai fait amande honorable. Mais je pense que je n’en ai pas fait suffisamment. Je pense même que je n’ai pas été compris par les électeurs ou peut-être qu’au moment où nous engagions ce combat, cela a dû coïncider avec des enjeux qui paraissaient plus  importants que les actions que nous avions menées. Ce processus électoral a failli être biaisé au moment de la proclamation des résultats mais je pense que la sagesse a fini par gagner tout le monde et ceux qui ont gagné, ont mérité leur victoire et nous les félicitons. Nous qui avons perdu, cela doit nous amener à réfléchir aux méthodes utilisées pour pouvoir servir le peuple où que nous soyons.

D’aucuns estiment qu’avec tous les moyens que vous avez engagés, vous auriez eu beaucoup de chances dans une circonscription à l’intérieur du pays.

Pourquoi donc le choix de Cocody ?

Le choix de Cocody est affectif. J’ai grandi à Cocody et j’y commencé mes activités associatives. J’ai fait mes études à Cocody et donc je suis très attaché à Cocody quand bien même que nous fréquentions toutes les villes de la Côte d’Ivoire. Parce que je connais presque toutes les villes de la Côte d’Ivoire pour les  avoir sillonné avec mes parents. J’ai estimé qu’il fallait aller un peu plus loin au-delà des rapports que nous tissions avec les populations de Cocody dans les différents réseaux. Nous voulions donc être un porte-drapeau de Cocody et pouvoir défendre un certain nombre d’idées. Voilà pourquoi nous y sommes engagés et il va de soi que quand vous voulez apporter une contribuer à une société, il vaut mieux le faire dans l’environnement où vous vivez parce que c’est ceux-là que vous connaissez le mieux. Vous appréciez leurs difficultés, leurs préoccupations. Je pense que c’est la meilleure formule sinon si je dois aller faire des dons à Paris, au Mali ou en Guinée, je ne dis pas que c’est mauvais mais finissons d’abord à aider ceux qui sont autour de nous.  En tant que musulman, c’est ce qui nous est aussi recommandé.

« TOUTES LES CRISES QU’ON A CONNUES RÉSULTENT DU FAIT QU’IL Y A DES INDIVIDUS QUI ONT FAIT PRÉVALOIR LES INTÉRÊTS INDIVIDUELS, PERSONNELS ET LES INTÉRÊTS DE GROUPE AU DÉTRIMENT DES POPULATIONS. »

Vous êtes Enseignant et Fondateur d’écoles et vous revendiquez également une casquette d’homme politique. Comment réussissez-vous à gérer tout cela et dites-nous aussi ce qui devrait être le portrait de l’homme politique idéal ?

Ça me gêne un peu que vous dites que je suis un homme politique, parce que le concept d’homme politique est vraiment galvaudé et quand vous regardez la configuration politique en Côte d’Ivoire, ceux qui se réclament d’être des hommes politiques, je pense, ont suffisamment déçu le peuple. Moi, je ne veux pas me réclamer de cette famille-là. Toutes les crises qu’on a connues résultent du fait qu’il y a des individus qui ont fait prévaloir les intérêts individuels, personnels et les intérêts de groupe au détriment des populations. Alors, sous cet angle, je ne peux pas me considérer comme étant homme politique. Je me considère comme citoyen avec la volonté d’être au service des autres.

L’homme politique idéal ? Vous savez l’idéal, c’est une perception. On peut plutôt parler du souhaitable. Je pense que ceux qui veulent s’engager dans l’action communautaire, pour servir le peuple, la communauté, doivent se dire que la passion pour le pouvoir ne peut pas résoudre le problème. Ce qui me parait important, lorsqu’on a la volonté de servir les autres, on fait le sacrifice pour eux. Vous avez dit tout à l’heure que j’ai mené un certain nombre d’actions et je n’ai pas obtenu le résultat escompté. Est-ce pour cela que je dois me fâcher avec les gens ? Non. Peut-être que les gens ne m’ont pas bien compris. Donc, il faut dépassionner les choses. Pour moi, la meilleure façon d’être homme politique c’est se dire ;  on veut se mettre au service des autres, on demande l’onction des autres, dans l’exécution des choses, on ne peut pas dire qu’on a la solution miracle. Donc, on peut être remis en cause. Et lorsque vous êtes remis en cause, n’en faites pas un argument pour se faire la guerre. Il faut prendre en compte les préoccupations des autres. Et lorsque vous prenez en compte les préoccupations des autres, plus vos idées et que vous les assemblez, vous pouvez trouver une solution du juste milieu qui puisse satisfaire tout le monde. Je pense que celui qui veut être homme politique doit se dire que c’est lui qui doit se mettre au service de la société et non que la société se mette à son service.

Durant votre campagne, vous avez parlé de développement participatif. Qu’entendez-vous par cette notion ?

Nous sommes dans un pays en pleine difficulté, au plan moral, économique et social, etc. Et ce qui constitue un enjeu aujourd’hui, c’est la lutte contre la pauvreté, c’est-à-dire permettre aux jeunes de se faire un emploi et permettre aux femmes de se prendre en charge, pour une certaine autonomisation. Au regard des actions qui ont été menées par les différents dirigeants, les différents groupes, on constate que les populations ne sont pas suffisamment impliquées dans la prise en charge de leur propre destin. Alors, nous disons que si nous voulons le développement, il faut associer les populations elles-mêmes. Il faut que les populations elles-mêmes s’approprient leur développement. Lorsque vous vous appropriez votre développement, lorsque vous êtes conscient de vos difficultés, des enjeux qui s’imposent à vous et que vous avez l’espoir qu’en vous mettant ensemble, vous pouvez surmonter ces difficultés, je crois que vous avez des chances de réussir. Et ce n’est qu’en associant tout le monde dans le développement que la Côte d’Ivoire ou je dirai Cocody peut sortir de la pauvreté.

La jeunesse de Cocody, à l’instar de celle du pays est en proie au chômage. Certains jeunes tentent l’aventure périlleuse de l’immigration vers l’occident par les océans. Pour vous, Sociologue et leader d’opinion, quelles en sont les causes et quelles solutions préconisez-vous ?

Cette situation que nous vivons indique que la Côte d’Ivoire est en crise profonde. Et j’ai l’impression que les autorités, les dirigeants, les hommes dits politiques, ne comprennent pas cela. Pendant que les gens se battent pour préparer les élections de 2020, pendant que les gens se préoccupent de qui doit occuper tel ou tel poste, le pays est en train de s’enfoncer. Comment pouvez-vous admettre que quelqu’un, sachant que des bateaux ont chaviré il y a une semaine, décide de s’engager sur cette même voie ? C’est parce qu’il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus de repère. Notre société est en déliquescence. Cela doit nous interpeller. Quand la société a atteint un certain niveau et que les gens sont désespérés, ils se disent ‘’tant pis, je vais essayer ; même si j’en meurs, c’est mieux parce qu’il n’y a pas d’espoir’’. Lorsqu’on a atteint ce seuil, c’est très dangereux pour l’avenir de la Côte d’Ivoire. Parce que tous ceux qui vont, ce sont des jeunes. Or, c’est ceux-là mêmes qui doivent être les bras valides pour contribuer au développement du pays. Les bras valides, on n’en a besoin dans tous les secteurs ; agricole, tertiaire, industriel… Si tout le monde se retrouve de l’autre côté, qui sont ceux qui seront là pour créer ce qu’on appelle l’émergence de la Côte d’Ivoire ? C’est vraiment dommage ! Je pense que lorsque les problèmes se présentent à la Côte d’Ivoire ou à nos pays africains, les autorités ne s’assoient pas pour les penser. On trouve des solutions de façade, on fait des discours mielleux et on ne cherche pas à régler le problème de fonds. Cette situation, si on y prend garde, va créer beaucoup de problèmes à la Côte d’Ivoire. Si le départ de ces jeunes est une forme de solution pour eux, mais il y a d’autres qui ne partiront pas et qui peuvent avoir d’autres attitudes qui peuvent être préjudiciables à la Côte d’Ivoire.

Cela veut dire que la Côte d’Ivoire est en conflit avec elle-même. Il faut qu’elle se réconcilie avec elle-même. Tout part de là. Nous avons connu depuis 1999 jusqu’à ce jour une crise qui ne fait que s’empirer. Pour éviter que cette crise ne crée le désordre total, il faut que les autorités comprennent, ceux qui dirigent notre pays, ceux qui sont les acteurs sociaux, les journalistes, les défenseurs des droits de l’Homme, qu’ils comprennent ce que le président Laurent Gbagbo appelle « asseyons-nous et discutons ! ». Je n’ai pas de solution de miracle, parce que le préalable c’est de discuter de nos problèmes et de proposer des pistes de solutions.

Quel sens donnez-vous à toutes ces actions sociales que vous ne cessez de mener partout en Côte d’Ivoire et principalement à Cocody ?

Chacun doit avoir un sacerdoce. Il y a des personnes qui disent qu’elles veulent faire de la politique et elles utilisent les autres pour avancer. Pour celles-ci, c’est une façon de servir. Il y a d’autres qui décident d’être gangsters, ils s’attaquent aux gens et ils avancent. Et il y a d’autres qui décident de se mettre au service des autres. Chacun a une base. Ça peut être d’origine spirituel, social, l’environnement dans lequel l’individu a vécu, les pratiques qu’il a vu se réaliser et qui peuvent l’influencer.

« SI VOUS DÉVELOPPEZ LA CULTURE DU PARTAGE, VOUS AVEZ PITIÉ DE VOTRE PROCHAIN. SI VOUS AVEZ PITIÉ DE VOTRE PROCHAIN, VOUS NE POUVEZ PAS  LUI FAIRE DU MAL. »

Moi, je suis un ramassis de tout cela. Je pense que qu’on ne donne un sens à sa vie que lorsqu’on contribue à rendre heureux les autres. Comme je le dis souvent, si vous voulez attendre d’être riche avant de partager ce que vous avez avec les autres, vous ne pourrai jamais aider les gens. Parce que lorsque vous avez 10 f, vous dites attendez que j’ai 25 f et quand vous avez 25 f, vous dites attendez que j’ai 100 f et ainsi de suite. Vous n’allez jamais partager avec les autres. Alors que, lorsque vous partagez le peu que vous avez avec les autres, il y a d’abord le fait que vous êtes heureux d’avoir aidé votre prochain, et que votre prochain aussi est heureux. Et si vous êtes un croyant et que vous rendez votre prochain, Dieu vous rendra aussi heureux. Pour moi, cet esprit de partage n’a pas une vocation politique, c’est-à-dire une ambition de vouloir se présenter. C’est comportement de tous les jours que ceux qui sont autour de moi savent. Ils savent que quand on a peu, on se partage et quand on est en difficulté, on peut recourir à un autre et puis on avance. C’est dans cet esprit que nous pouvons faire avancer les choses. Si vous développez la culture du partage, vous avez pitié de votre prochain. Si vous avez pitié de votre prochain, vous ne pouvez pas  lui faire du mal. Si vous ne pouvez pas faire du mal à votre prochain, il va de soi que vous voulez servir une population, vous serez méfiant. Vous faites en sorte de ne pas faire du mal aux autres. Ainsi, nous avons la possibilité de nous comprendre et de faire avancer notre communauté. Donc, pour moi c’est un élément important. Ce sont des signaux que je donne. Et mes collaborateurs, tous ceux qui travaillent avec moi le savent. J’ai toujours dit que, le peu que vous avez, il faut partager. Vous partagez d’abord avec ceux qui sont autour de vous parce qu’il ne faut aller faire des dons à des gens de dehors alors que celui qui juste à côté, vous sollicite et vous ne pouvez pas l’aider. Il faut donner un peu, un peu à tout le monde. C’est cela vivre en société et en communauté. C’est aussi le sens qu’un être humain doit apporter à sa vie.

La réconciliation nationale réclamée par tous est-elle possible ? Quelles sont vos recettes pour une véritable réconciliation ?

Je ne sais pas si la Côte d’Ivoire est tombée sur la tête ! 1999, des jeunes se révoltent. Ça se transforme en un coup d’Etat. Le coup d’Etat est fait. On dit la Côte d’Ivoire est en crise parce qu’il y a des personnes qui se battaient au sommet pour le prise du pouvoir et ça entrainé tout ce que vous savez ; les questions d’ivoirité, de xénophobie etc… Le processus va de mal en pis jusqu’à ce qu’on arrive aux élections. Entre temps, il y a eu la tentative de coup d’Etat de 2002 avec le cortège de morts ; des problèmes encore lors de la crise postélectorale de 2010 – plus de 3000 morts-. En dépit de tout cela, les gens continuent de croire qu’il y a une réconciliation qui se fait dans notre pays. Mais qu’est-ce qu’ils entendent par la réconciliation ? Je crois que sur le concept de la réconciliation même, les Ivoiriens ne sont pas d’accord. Il faut qu’on s’assoie pour définir ce qu’on met dans la réconciliation. C’est quoi la réconciliation ? Est-ce le fait qu’on dise qu’un groupe a gagné et que les autres sont en prison ou sont en train d’être jugés ?  Alors que ce sont deux groupes qui se sont affrontés ; pendant que d’un côté les gens sont tranquilles et de l’autre côté les autres doivent subir. Est-ce que la réconciliation c’est le fait que des gens se mettent ensemble pour se partager le pouvoir pour gérer la Côte d’Ivoire ? Est-ce que la réconciliation c’est le fait qu’on fasse la promotion de telle ou telle région ? Je ne sais vraiment pas ce que les gens pensent de tout cela. Mais je pense que la sagesse voudrait qu’on ait pitié des Ivoiriens. Ces jeunes qui vont se tuer dans les mers, ces gens qui meurent dans les inondations, les glissements de terrains pendant les saisons pluvieuses, ces enfants qui meurent dans les hôpitaux faute de moyens financiers pour des soins adéquats, il faut qu’on ait pitié des Ivoiriens. Il faut que les intellectuels, les dirigeants, la société civile, se réveillent.  Qu’est-ce qui empêcherait qu’on soit de tel ou tel bord, qu’on s’asseye et qu’on dise que nous avons péché, nous avons fait souffrir notre pays, maintenant ça suffit.

Si votre main droite, par inadvertance ou par volonté blesse votre main gauche, et que la main gauche refuse d’aider la main droite dans le travail, c’est tout le corps qui va souffrir parce qu’il faut les deux mains pour travailler. Voici comment il faut voir le problème de la Côte d’Ivoire. Que les gens d’asseyent, qu’ils disent que ‘’nous avons raté’’ ; parce que s’ils n’avaient pas raté, l’héritage d’Houphouët-Boigny ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Puisque nous avons raté, qu’est-ce que nous devons faire pour sortir e pays de l’impasse ? Lorsque nous allons nous enfermer pour discuter, on finira forcément par s’entendre. C’est pourquoi, je dis que la théorie, ‘’asseyons-nous pour discuter’’ est essentielle. Mais, on est imbus, on se croit tantôt plus fort ; ou bien on se croit trop fâché parce qu’on a été marginalisé. Mais si on prend des positions aussi radicales, on ne trouvera jamais de solutions. Ce n’est que dans une approche de juste milieu, de concessions de part et d’autre, de remise en cause de chacun d’entre nous que la Côte d’Ivoire peut sortir de cette crise.

« ON PARLE ACTUELLEMENT DE L’ALTERNANCE, ON PARLE DE PREPARER 2020. MAIS ET LE PEUPLE QUI SOUFFRE, QU’EST-CE QU’ON EN FAIT ? »

Que pensez-vous de l’alternance politique en 2020 décrétée par le RHDP ?

Est-ce que vous trouvez normal pour un pays qui est dans une telle situation qu’on commence à parler d’alternance ? Il faut parler de comment sortir les Ivoiriens de la difficulté. La Côte d’Ivoire est en crise et si on y prend garde, ce que va nous réserver 2020, va être pire. Regardez les flammes de la passion qui se dégage déjà. On parle actuellement de l’alternance, on parle de préparer 2020. Mais et le peuple qui souffre, qu’est-ce qu’on en fait ?

Il faut se préoccuper du peuple qui souffre d’abord, et ensuite penser à la réconciliation nationale Pendant qu’une partie de la Côte d’Ivoire se sent marginalisée du fait de la crise postélectorale, on n’en tient pas compte, on pense que ce sont des adversaires. Mais même s’ils sont des adversaires, ne sont-ils pas des fils de la Côte d’Ivoire qu’il faut prendre en compte ? Il faut les écouter. Pendant que vous parlez d’alternance en 2020, il des régions, des ethnies, des élites qui pensent que du fait que certains soient en prison ou certains soient exilés, ils ne se sentent plus Ivoiriens au sens où ils doivent contribuer au développement de la Côte d’Ivoire. Alors qu’il y a une théorie du développement qui est importante ; la théorie du capital social. Dans un pays où il n’y a pas la cohésion, dans un pays où les populations n’ont pas la commune vision des choses, il va de soi que le développement ne pourra jamais se réaliser. Il est donc important que les gens voient la chose sous cet angle. Tant que les Ivoiriens ne vont pas comprendre que c’est en se mettant ensemble, en surmontant nos différences et essayant de s’accepter mutuellement, il n’y aura pas d’avancée. Je vois sur les réseaux sociaux des propos que les gens se tiennent et les positions qui sont tranchées. Mais avec de telles positions, quelles solutions allons-nous trouver si ce n’est qu’une guéguerre permanente.

« L’ALTERNANCE 2020 EST UNE PARODIE DE COMÉDIE. »

Des gens pensent que le développement va se faire dans la guéguerre. Non ! Le développement a besoin de calme, de paix. Le développement a besoin de confiance mutuelle ; le développement a besoin que nous nous fassions des concessions et qu’on sache qu’à un moment donné, telle personne est apte à faire telle chose et que demain telle autre peut être apte à accomplir telle autre chose. C’est dans cette conjugaison d’effort que nous puissions aller vers le développement. Pour moi, l’alternance 2020 est une parodie de comédie.

Quel est votre point de vue sur la division au FPI ?

Je ne suis pas du FPI donc il m’est difficile d’avoir tous les tenants et les aboutissants. Mais ce que je peux dire, c’est que le Fpi a dirigé ce pays. Et s’il y a la crise aujourd’hui, c’est parce que le FPI et d’autres partis sont en conflit ; enfin, je ne dis que c’est ce qui est l’origine de la crise qui est un peu plus lointaine. Si les gens du FPI estiment que c’est dans cette division qu’ils peuvent entrainer la réconciliation, c’est vraiment dommage. Imaginez-vous déjà, il y a deux groupes, ceux qui se disent les vainqueurs et les vaincus. Et encore, parmi les vaincus, il y a deux groupes qui se créent pour se bouffer entre eux. Et voilà qu’on apprend que parmi les vainqueurs, il y  a des groupes qui se créent encore. Voyez-vous le danger que la Côte d’Ivoire court. Et pendant tout ce temps, le peuple est victime parce qu’on s’en fout du peuple. On pense à comment on va se partager les cartes, comment on va gérer le pouvoir. Mais on ne peut pas continuer comme ça. Il faut demande pardon  aux dirigeants, aux forces politiques, à la société civile, à la population ; ‘’asseyons-nous, discutons’’, pensons nos plaies et mettons-nous ensemble pour développer notre pays.

« JE SUIS MÊME POUR QU’ON REPORTE LES ELECTIONS PARCE QU’IL FAUT SOUVENT TORDRE LE COUP A CERTAINS ASPECTS DE LA DÉMOCRATIE QUAND CELA EST NÉCESSAIRE »

L’émergence d’une 3ème  voie à côté des deux camps ennemis, comme le pensent certains, est-elle le remède pour sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse ? Le cas Macron peut-il faire école en Côte d’Ivoire ?

Vous savez, on ne tarde pas souvent à faire des caricatures, à faire des comparaisons. Alors qu’on dit comparaison n’est pas raison.  Mais, entendez ! On dit la Côte d’Ivoire brûle. On s’enfonce de jour en jour dans la pauvreté. Si vous voyez les jeunes fuir, si voyez des gens prendre des armes, si vous voyez des gens revendiquer à tort ou à raison, si vous voyez les grèves par-ci, par-là ; c’est parce que ça ne va pas. Mais, je ne dis pas que c’est parce que les dirigeants

ne travaillent pas bien que ça ne va pas. Parce qu’il y a une histoire à cette situation que nous connaissons. Alors, c’est quoi une 3ème voie ? Asseyons-nous et discutons ! Sauvons le peuple ivoirien d’abord. Je suis même pour qu’on reporte les élections parce qu’il faut souvent tordre le coup à certains aspects de la démocratie quand cela est nécessaire. On s’assoit, on discute, on règle nos problèmes parce qu’il faut qu’on se réconcilie. Et puis, on va sereinement vers le développement. Je vous assure que si on le faisait, ce serait mieux. Mais en Côte d’Ivoire, on pense encore à une 3ème voie. Dieu seul sait si ce ne saura pas encore un 3ème danger. On est habitué maintenant en Côte d’Ivoire ; quand un groupe vient, on pense que c’est l’accalmie mais souvent à l’intérieur-même le danger se crée et on va de danger en danger parce qu’on n’a pas réglé les problèmes de  fond.  Ce que je demande aux gens, au lieu de parler de 3ème, 4ème, réglons nos problèmes et après la voie idéale va se dégager d’elle-même.

La Côte d’Ivoire a été secouée par plusieurs mutineries. Croyez-vous que les solutions apportées par le gouvernement à ces soulèvements sont adéquates et durables ?

Le gouvernement même à répondu à cette question. Mais vous savez, quand on a le dos au mur, il vaut mieux limiter la casse. Donc, c’était une solution conjoncturelle parce qu’il y a un vrai problème de fond. Et ce problème de fond, c’est l’absence de réconciliation. C’est ce que je dis, si nous ne réglons pas les problèmes de réconciliation entre nous, on ne va pas s’en sortir. Parce que si la réconciliation avait été faite réellement, c’est-à-dire ; « asseyons-nous, comprenons que nous sommes les fils d’un même pays, chacun de nous a fauté de part et d’autre et que nous puissions nous repentir mutuellement», au cours de ces assises, dans les débats et les discussions, le problème de ces jeunes serait apparu et qu’on se serait approprié.

« DES LORS QU’IL Y A LA COHÉSION, DES LORS QU’IL Y A UN CONSENSUS QUI SE DÉGAGE ET QU’UN PETIT GROUPE VEUT FAIRE UNE CERTAINE PRESSION, LA DÉROUTE VIENT DU PEUPLE LUI-MÊME. »

A ce moment, on aurait trouvé des solutions et on aurait anticipé. Mais comme il y a toujours des gens qui se mettent à contre-courant du processus, ceux qu’on appelle les quelques minoritaires réfractaires, qu’est-ce qui ce serait passer ? Dès lors qu’il y a la cohésion, dès lors qu’il y a un consensus qui se dégage et qu’un petit groupe veut faire une certaine pression, la déroute vient du peuple lui-même. Les gens ont peur des armes, mais on a vu en 2000, lorsque Guéi a dit qu’il était élu, le peuple est descendu dans le rue et les militaires ont pris la poudre d’escampette. On a vu en Egypte où le peuple est sorti pour faire partir le pouvoir ; en Tunisie où le pouvoir semblait fort, c’est le peuple qui a fait partir ce pouvoir. Donc, il y a des moments, lorsqu’il y a la cohésion, il y a un certain consensus, il y a des choses qui ne peuvent pas se faire dans un pays. Mais, on n’a pas réglé le problème ; on a fait des arrangements de groupes, de clans et tout le monde est déçu, il y a la méfiance et la défiance, il n’y a que ce genre de choses qui puissent se produire. Cela ne peut pas être une solution durable. Vous avez vu, on a fini avec les questions des militaires et en même temps, les démobilisés montent au créneau. On ne sait pas ce qui va arriver demain et c’est encore plus grave. Voilà, d’un côté, les gens prennent la route de l’exil pour aller se tuer ; des enfants que des mères et des pères ont souffert pour éduquer, voilà par désespoir, ils s’en vont par la mer. D’un autre côté, des gens qui prennent les armes pour menacer un Etat pour qu’on puisse leur payer leur argent. Mais évidemment, il y a eu des arrangements entre eux à des moments donné, mais comme on n’a pas su se réconcilier, on n’a pas su se mettre ensemble pour régler tous nos différends, pour nous pardonner mutuellement, il va de soi qu’à des moments, nous connaissions ce genre de choses. Et je prédis que si on ne s’assoit pas pour régler nos problèmes à partir des forces politiques elles-mêmes, on va encore connaitre des dégâts. Et je prie Dieu pour que la Côte d’Ivoire soit épargnée d’une telle situation.

« Le manque de pardon continue EXISTER encore en Côte d’IVOIRE. »

Vous suivez, comme tous les Ivoiriens d’ailleurs, le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé à la Haye. Après le passage de 49 témoins à charge, quelles sont vos impressions ?

Oh quelle grande honte pour la Côte d’Ivoire ! Et malgré tout, le manque d’humilité, la haine, le manque de pardon continue d’exister encore en Côte d’Ivoire. Un fils de la Côte d’Ivoire – je ne veux pas rentrer dans les détails de ce qui s’est passé- mais un fils de la Côte d’Ivoire. Il a dirigé la Côte d’Ivoire pendant 10 ans. On le prend et on le déporte comme si c’était à l’époque de Samory Touré. Et après le passage de 40 témoins, ceux mêmes qui sont les témoins à charge se remettent en cause. Je ne dis pas que Gbagbo a fauté ou il n’a pas fauté, ce n’est pas là le problème. Mais si tu es un citoyen Ivoirien ou dirigeant de quelque camp que tu sois, si tu n’es pas haineux, rancunier, si tu aimes vraiment la Côte d’Ivoire, tu dois te dire stop. Venons, asseyons-nous, réglons nos problèmes entre nous pour que la Côte d’Ivoire soit libérée. Mais hélas, hélas ! Nous sommes dans un pays de haine et quand la haine prend le dessus la raison fout le camp.

Comment envisagez-vous votre avenir politique ?

D’abord, je ne suis pas un homme politique au sens connu du terme. Ça c’est un. Deuxièmement, je ne pense qu’un avenir qu’il soit politique, économique ou social soit déterminé par soi-même. On se fixe un idéal et Dieu vous conduit sur le chemin qui est le vôtre.

Réalisée par Léon Saki – Afrique Matin.Net 

Collaboration : Jean Levry

 

You might also like More from author

Leave A Reply

Your email address will not be published.