Intervention militaire américaine en Afrique/Le chef d’Etat Major fait des précisions

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Les Etats-Unis seront-ils bientôt les nouveaux « gendarmes de l’Afrique » ? Avec la chute de Raqqa, en Syrie, les militants du groupe Etat islamique sont en train de se redéployer. Et les Etats-Unis s’attendent à voir des extrémistes débarquer en Afrique. Pas étonnant donc que les forces américaines se préparent à y jouer un rôle plus important, un rôle plus offensif. Le patron du Pentagone, le secrétaire à la Défense, Jim Mathis, n’hésite plus à décrire le Pentagone comme un « département de la guerre ». Le Niger vient d’autoriser les Etats-Unis à armer les drones qui se trouvent sur son sol. Cela revient à dire que ces avions sans pilotes, qui servaient jusqu’à maintenant aux opérations de renseignement, serviront désormais à abattre des présumés jihadistes. En sa qualité de Conseiller, Chef d’Etat-Major des Armées et secrétaire à la Défense John Wayne Troxell, donne des éclairages et fait des précisions.

Le chef d’état-major des armées, le général Dunford a déjà expliqué que les Etats-Unis ambitionnent d’avoir une présence plus importante en Afrique. Quelles options sont sur la table ?

Il s’agit de renforcer les capacités de nos partenaires africains, de les aider aussi à se fixer des objectifs en matière de défense et enfin, à les aider à mieux sécuriser leurs pays. Il s’agit, dans le fond, de permettre aux forces armées de devenir plus efficaces en tant que forces armées.

Donc il ne s’agit pas de construire plus de bases américaines en Afrique ?

Non, pas du tout.

Le quartier général du Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique( Africom) se trouve en Allemagne. Quel serait l’intérêt pour Africom de déménager en Afrique ?

Africom est basé en Allemagne. Mais notre groupe interarmées pour la Corne de l’Afrique est basé à Djibouti. Nos forces spéciales aussi. Et elles sont bien placées pour être efficaces.

Et le mauvais côté d’être basé en Allemagne ?

C’est quand même le seul commandement américain qui ne se trouve pas dans la région dont il a la responsabilité. Je ne sais pas si on peut parler de « mauvais côté », mais tous les autres commandements se trouvent dans la région dont ils ont la responsabilité.

Le sénateur Lindsey Graham, du comité des forces armées du Sénat, a déclaré que la guerre était en train de « muter » et qu’il fallait s’attendre à plus « d’actions américaines » en Afrique. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Les extrémistes sont en train d’arriver en Afrique. Nous avons eu un énorme impact sur le Moyen-Orient, en remportant une victoire contre Daesh (organisation Etat islamique) en Syrie et en l’affaiblissant en Irak et ailleurs. Ses militants cherchent à ouvrir de nouveaux fronts. Ils vont forcément chercher à s’installer en Afrique pour mettre à profit les difficultés de tout ordre. Je pense, surtout, au manque de perspectives d’avenir de la jeunesse. On sait que l’Afrique connaît un baby boum. On peut donc s’attendre à ce que des jeunes hommes deviennent mécontents de leurs gouvernements, surtout dans des États instables et corrompus. Ils risquent de rejoindre des organisations qui prétendront donner un sens à leur vie, et chose plus importante encore, leur fourniront un gagne-pain, de quoi subvenir aux besoins de leurs familles…

Le sénateur Graham a aussi assuré que plus de décisions militaires seront prises sur le terrain et non plus par la Maison Blanche.

Effectivement, nous allons donner plus d’autonomie aux gens sur le terrain. On peut parler de délégation d’autorité : des décisions qui étaient prises, jusqu’à maintenant, par le président seront déléguées au secrétaire à la Défense. Certaines décisions qui étaient prises par le secrétaire à la Défense seront, elles, déléguées à des combattants sur le terrain pour qu’ils obtiennent de bons résultats plus rapidement – au lieu de se soumettre à un processus bureaucratique qui remonte jusqu’à la Maison Blanche. Cela va nous rendre plus réactifs, plus efficaces.

Un exemple ?

Il y a plusieurs mois, le commandant des forces américaines en Afghanistan a largué une bombe très puissante dans l’est de l’Afghanistan. Il l’a fait en vertu de son autorité en tant que commandant des forces américaines sur place. Il a désormais l’autorité de prendre de telles initiatives sans demander la permission du secrétaire à la Défense ou du président des Etats-Unis. C’est quelque chose qu’on va voir de plus en plus souvent.

En Afrique aussi ?

Les forces américaines peuvent déjà attaquer les shebabs en Somalie en utilisant des bombes, notamment. C’est pour nous rendre plus efficaces. Cette délégation d’autorité va nous rendre plus efficaces.

Il y a quelques jours, le Niger a autorisé les Etats-Unis à armer les drones sur son territoire. Quels sont les autres pays africains à l’avoir fait ?

Jusqu’à maintenant, il s’agit de la Libye, de la Somalie et, comme vous dites, du Niger. Le commandant d’Africom va continuer à élaborer un plan de campagne pour que l’Afrique devienne un continent plus sûr. Je ne sais pas à quels pays il va maintenant demander leur feu vert. C’est à lui de le déterminer.

Dans quelle mesure la corruption, dans les rangs de certaines armées africaines, complique-t-elle votre tâche ?

C’est un problème auquel on est confronté régulièrement. Il faut y être attentif. Ce que nous pouvons faire, nous, c’est d’aider nos alliés à identifier le problème et leur donner des solutions possibles. Mais notre rôle est surtout de les aider, eux, à régler le problème.

Source : rfi.fr

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