Gestion de la filière Café-Cacao/L’Etat de Côte d’Ivoire a-t-il le droit d’asphyxier les producteurs ?

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Par Haidmond Kaunan/afriquematin.net

Il n’est pas exagéré d’affirmer que la filière café-cacao ne se trouve pas aux mains des producteurs. De plusieurs régions productrices par excellence de cette matière première que nous avons visitées, le constat est désolant, car  la chaîne subit des coups durs.  Les multinationales sont, elles- mêmes essoufflées par de nombreuses pressions et taxes se déchargent sans pitié sur les producteurs. Ces derniers qui ont voulu  s’organiser en des structures de professionnels agricoles se sont  retrouvés « perdus dans le film ».  

Pire des mains obscures les en ont  empêchés  pour mieux les affaiblir afin de  mieux  les exploiter. Ils font donc face à des difficultés comme  le manque de logistiques, de fonds de roulement, de moyens financiers, d’encadrement, de formation, l’impossibilité pour eux d’avoir accès à un crédit bancaire. Autrement dit,  ils sont des laissés-pour compte quand sur le même kilogramme de on exige assez de fiscalité et de parafiscalité. Ainsi  l’arbre se meurt debout, sa sève étant sucée de partout.

La gestion de la filière café-cacao était l’affaire des syriens et libanais avant que le régime de Feu le Président Houphouët- Boigny prône le mouvement à vocation coopérative(GVC). Sa gestion était assurée par l’ancienne caisse de stabilisation(Caistab).  

La loi de décembre 1997 prône et encourage la reconversion des groupements à vocation coopérative en Coopératives en vue de mieux défendre les intérêts des producteurs et éviter d’être  la proie  d’une filière qui commence par eux- mêmes et les enjeux internationaux étant énormes pourraient noyer les paysans.

Avec l’avènement de la deuxième de le République  on passe à la libéralisation de la filière. Ainsi naissent des structures comme l’Anaproci, le Fdpcc –  qui vont aboutir au un conseil de gestion de café-cacao (Cgcc). Tous avaient échoué.  Et avec le changement de régime politique en 2011, on est retourné à la stabilisation qui prône un prix garanti, qui promet de stabiliser le prix du café et cacao pendant trois ans,  de permettre ainsi aux producteurs d’aller à l’Inter-profession, vu l’échec des prédécesseurs.

Aujourd’hui  la quasi-totalité des producteurs sont organisés en coopérative en vue  de profiter  de la force dans l’union et de la défense de leurs intérêts face à la libre concurrence. C’est-à-dire, la loi du marché qui absorbe le plus faible et le rend vulnérable. On dénombre   à cet effet,   plus de trois milles(3000) sociétés- coopératives dont mille (1000) sont agréées. Questions : « Le conseil du café et du cacao (CCC) a-t-il  remis réellement la gestion de la filière aux producteurs comme   promis ?  Le planteur jouit-il du fruit de son pénible et complexe travail ? Ces sociétés coopératives créées avec la reforme OHADA bénéficient-elles des mesures d’accompagnement ? ».

Pour certains  producteurs indignés, le conseil du café et du cacao parle au nom des paysans. Avant de préciser que ce ne sont pas les acteurs  eux-mêmes qui ont chois leurs délégués « qui feraient du béni oui- oui au conseil ». Ils ajoutent que les exportateurs font subir toutes les humiliations du monde aux coopératives  à cause de la pression que leur font subir l’Etat de Côte d’Ivoire. Une source digne de foi, explique  les exportateurs eux-mêmes subissent des épreuves difficiles avec l’Etat, car se saignent-ils pour se s’installer. Ils  sont obligés de se décharger sur le maillon le plus faible qu’est le pauvre paysan. Selon cette même source, « l’Etat  les oblige à payer le droit unique de sortie(DUS) 220k/g avant de commencer la campagne. C’est ce qui justifie leur timidité en début de campagne  et et leur prudence », ajoute-t-elle. Et S K,  producteur dans le  département du d’Akoupé révèle  que « la filière café-cacao est une véritable mafia. Si on vous gagne pas ici on vous attend à Amsterdam ».

D’autres paysans déplorent le fait que de nombreuses taxes font le lit du Ghana voisin. « Ici il y a trop de taxes. Taxe d’équipement, taxe d’enregistrement, douanes…taxes parafiscalité; c’est une dizaine pour le cacao seul. Au moment où au Ghana on ne prélève que 50 francs. Des gens sont surpris de voir qu’il y a 260 francs de différence sur le prix du kilogramme entre eux et nous .C’est une désolation. Et pourtant,- les coopératives n’ont pas accès à un crédit bancaire faute d’hypothèque parce que nos plantations n’ont ni titre foncier ni   assurées pour la plupart». Et, le véritable problème qu’il est amené de  constater, demeure le manque de suivi, de formation, d’encadrement, d’équipement d’investissement…

La  conséquence, les vergers restent vieillissants, malades, ravagés par le swollen shoot par endroit dans certaines régions productrices du pays. Au point qu’on assiste à une paupérisation croissante des producteurs. Donc une inefficacité des coopératives et des structures organisationnelles de coopératives moribondes. En gros, il est   vraiment difficile d’être producteur de café et cacao en Côte d’Ivoire

 

 

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