Abidjan: la «Casse» attend toujours sa gare internationale

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Elle devait être livrée avant la présidentielle d’octobre 2015. Mais comme la plupart des promesses électorales de Ouattara, la Gare routière interurbaine d’Abidjan (GRIA) n’a pas encore connu un début d’exécution des travaux. Sur le site, la nature, qui a horreur du vide, a repris ses droits et les ferrailleurs et autres mécaniciens déguerpis se réinstallent petit à petit.

«La plus belle et la plus grande gare routière d’Afrique de l’ouest» n’a pas encore vu le jour. Le site réservé à cet ouvrage d’une superficie de 22 hectares est la casse automobile de la ville d’Abidjan, basée dans la commune d’Adjamé. Les centaines de ferrailleurs et vendeurs de pièces détachés ont été déguerpis, le collège Carnot qui y était bâti a été rasé de même que tous les commerces et autres habitations spontanées.

Maquette de la gare internationale qui devait être, dit-on, la plus grande de l’Afrique de l’Ouest.

Le jeudi 25 juillet 2013, Alassane Ouattara procédait à la pose de la première pierre de ce projet ambitieux. Visant à doter la ville d’Abidjan d’une structure moderne, fonctionnelle et facile d’accès pour les usagers, la Gare routière interurbaine d’Abidjan (GRIA) devait permettre d’accueillir aux heures de pointe 500 véhicules de façon simultanée (à l’embarquement, au débarquement et en stationnement). Ce qui correspondrait à un maximum de 9000 voyageurs par heure et environ 23 millions de voyageurs par an. .

D’un coût de 47 milliards de FCFA environ, cette nouvelle gare devrait être réalisée par la société de BTP et d’énergie Groupe Dennis, à travers sa filiale Société générale d’Afrique-Côte d’Ivoire S.A. Dans le cadre d’une convention de type BOT (Built, Operate, Transfert) conclue le 24 avril 2013 avec l’État, l’entreprise se chargeait de financer à 100% la construction de la gare en échange d’une licence d’opérateur du site d’une durée de 25 ans.

Ouattara a procédé, le 25 juillet 2013, à la pose de la première pierre de ce projet qui devait être inauguré avant la présidentielle d’octobre 2015.

A cette cérémonie solennelle, le Chef de l’État a demandé que cette gare puisse être inaugurée avant le début de la campagne présidentielle d’octobre 2015.

Vœu pieux! Les premières difficultés ont commencé quand, faute d’un travail d’équipe entre le ministère des Transports et celui du Commerce, de l’Artisanat et des PME-PMI, la cession du site a posé problème; son emprise n’ayant pas été entièrement libérée par les artisans ferrailleurs et autres mécaniciens.

Cette étape franchie, le ministre des Transports, Gaoussou Touré, a procédé lui aussi, le 7 octobre 2015, à sa pose de la première pierre: il lançait les travaux de construction de cette  nouvelle gare routière «ultra-moderne», le «hub régional de référence en termes de transport». Comme Ouattara, Touré a fait aussi la promesse qu’elle sera opérationnelle dans deux ans, c’est-à-dire en 2017.

Vœu pieux. Un autre problème a surgi qui bloque le projet: les conditions d’occupation du site. Dans la commune abidjanaise d’Abobo, une gare moderne a été livrée le 11 août 2012. Bâtie sur un site de 14 ha par la Société de gestion de gares routières (SOGEGAR), elle respecte toutes les normes d’une gare internationale.

Mais c’est un éléphant blanc. La Nouvelle gare routière internationale d’Abobo-Anonkoua Kouté est victime du boycott des compagnies de transport qui trainent les pieds. Sur 62 entreprises qui ont souscrit au projet, seule une quinzaine, soit environ 24.19%, est en activité. En cause, le système de gestion qui impose l’immixtion quotidienne de la SOGEGAR dans la gestion du transport. Prospérant dans l’informel et étrangers au phénomène de privatisation, les transporteurs refusent d’être sous la coupe d’opérateurs plus soucieux de rentabiliser leur affaire et leurs investissements.

Touré Adama, président de la CNGRCI: « L’État a envie de faire du business sur le dos des transporteurs. (…) La nouvelle gare est donc un fiasco »

«Nous nous sommes rendus compte encore qu’avec la nouvelle gare, c’était le même système. Nous avons dit que 42 milliards FCFA de l’opérateur ne pouvaient être remboursés par les transporteurs que nous sommes dans le laps de temps prévu», a expliqué Touré Adama, président de la Coordination nationale des gares routières de Côte d’Ivoire (CNGRCI), dans les colonnes du site Politikafrique.info.

«Nous avons adhéré au projet de la gare routière internationale, mais nous n’avons pas adhéré à l’attribution du marché à un opérateur privé. Ce que nous avons proposé, c’est que l’État construise et permette aux transporteurs de faire la location. Dès l’instant que nous avons décrié cela, on ne nous a même pas associé à la cérémonie de la pose de la première pierre. (…) L’État a envie de faire du business sur le dos des transporteurs. (…) La nouvelle gare est donc un fiasco. On n’est pas contre le projet, mais nous ne sommes pas d’accord que le projet soit piloté par un opérateur privé qui viendra nous appauvrir», a renchéri Touré Adama.

La conséquence ne s’est pas fait attendre. De peur d’être confronté au même vent de fronde, avec en filigrane, la méfiance et le manque d’adhésion des transporteurs et donc de réaliser un projet d’envergure et prestigieux, plus coûteux que bénéfique, «l’opérateur du projet (le Groupe Dennis), prenant connaissance des problèmes de la gare d’Abobo, a eu peur et s’est retiré», a ajouté le patron de la CNGRCI.

Le ministre Amadou Koné a visité le site d’un projet qui est désormais mort-né.

Le 20 septembre 2016 à Casablanca (Maroc), un contrat d’assistance au maître d’ouvrage délégué a été signé entre  le groupe Dennis et Jacobs Engineering S.A. ou JESA (fruit d’une joint-venture marocaine entre le groupe OCP et Jacobs Engineering Inc).

Selon Adoum F. Dennis, président du Groupe Dennis, les travaux de réalisation devraient être entamés le 17 janvier 2017 pour une livraison prévue entre août et septembre 2018.

Vœu pieux. Le 31 juillet 2017, les ministres Amadou Koné des Transports et Amédé Kouakou des Infrastructures économiques ont visité le site. Pour sauver les apparences.

Profitant d’une cérémonie de remise des prix d’excellence du transport routier organisée le 18 décembre 2017, le ministre de tutelle a tenté ; par acquit de conscience, de rassurer: «Nous avons déjà effectué deux visites sur le terrain et allons faire les démarches nécessaires pour que cet important projet se réalise dans des délais certes dépassés, mais raisonnables afin que cette infrastructure importante du transport à Abidjan puisse voir le jour au 1er trimestre de l’année 2018

Vœu pieux. Les travaux sont condamnés à l’arrêt et ces propos traduisent une seule chose: le projet, s’il n’a pas fait partie des mirages, est mort-né.

FERRO M. Bally

Abidjan: La «Casse» attend sa gare internationale

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